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Affichage des articles du octobre 9, 2015

Pont de Billancourt, 1974

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« Martin m’a donné ce que je n’ai pas osé prendre du corps de l’immigré dans la tasse où je l’avais suivi, me dérobant au dernier moment, parce que j’étais littéralement soufflé par la déflagration que le désir de cet homme avait provoquée en moi et que je ne savais, si j’ose dire, pas par quel bout le prendre. Il faut que nous sachions faire, disait Martin, nos désirs sont trop forts et surtout ils sont trop importants, moralement, politiquement, dans les impasses où l’on veut nous confiner, pédés comme immigrés. Si nous ne savons pas nous finirons emmurés dans ces impasses, elles se refermeront sur nous, et ça plutôt crever disait-il. Où allait-il chercher la conscience de ces nécessités et leur formulation je n’ai jamais bien su, moi qui y suis toujours allé sans dire un mot, à l’instinct, qui engageais le corps comme les idées dans des logiques dont j’étais sûr mais que j’étais incapable de formuler. Quand on est dans la rue, que ça caillasse et ça lacrymogène, le corps doit filer…