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There is much to be learned from wanting something both ways

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After lunch, my friend [...] invites me to her office, where she offers to Google you on my behalf. She’s going to see if the Internet reveals a preferred pronoun for you, since despite or due to the fact that we’re spending every free moment in bed together and already talking about moving in, I can’t bring myself to ask. Instead I’ve become a quick study in pronoun avoidance. The key is training your ear not to mind hearing a person’s name over and over again. You must learn to take cover in grammatical cul-de-sacs, relax into an orgy of specificity. You must learn to tolerate an instance beyond the Two, precisely at the moment of attempting to represent a partnership—a nuptial, even.

I’m not on my way anywhere, Harry sometimes tells inquirers. How to explain, in a culture frantic for resolution, that sometimes the shit stays messy? I do not want the female gender that has been assigned to me at birth. Neither do I want the male gender that transsexual medicine can furnish and t…

Quand Maggie rencontre Harry

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How can a book be both a free expression and a negotiation? Is it not idle to fault a net for having holes?
That’s just an excuse for a crappy net, he might say. But it’s my book, mine! Yes, but the details of my life, of our life together, don’t belong to you alone.


Figures de la mythologie grecque, les Argonautes accompagnent Jason dans sa recherche de la Toison d’or, à bord du navire Argo, dont les pièces seront toutes remplacées au fil du voyage, au point qu'il soit totalement transformé et que son seul vestige d'origine soit son nom.
Tels des Argonautes du XXIe siècle, l’essayiste et poétesse Maggie Nelson et son mari, l’artiste Harry Dodge, vont faire de leurs corps des vaisseaux métamorphosés et de leur relation un voyage, vers la masculinité pour Harry, vers la féminité pour Maggie.

Maggie rencontre Harry en 2007. Avant que le vote de la Prop8 interdise le mariage entre personnes du même sexe en Californie, Maggie s'empresse d'épouser Harry, qui se définit lui-m…

But why, may I ask, said Mr. Bevins, should there be different rules for children than for the rest of us? It does not seem fair.

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XVII.
He was the child in whom Lincoln had invested his fondest hopes; a small mirror of himself, as it were, to whom he could speak frankly, openly, and confidingly.
In “Reckoning: An Insider’s Memories of Difficult Times,” by Tyron Philian.
Will was the true picture of Mr. Lincoln, in every way, even to carrying his head slightly inclined toward his left shoulder.
Burlingame, op. cit., account of a Springfield neighbor.
One feels such love for the little ones, such anticipation that all that is lovely in life will be known by them, such fondness for that set of attributes manifested uniquely in each: mannerisms of bravado, of vulnerability, habits of speech and mispronouncement and so forth; the smell of the hair and head, the feel of the tiny hand in yours—and then the little one is gone! Taken! One is thunderstruck that such a brutal violation has occurred in what had previously seemed a benevolent world. From nothingness, there arose great love; now, its source nullified, that lov…

« Certains adultes s'inquiètent de voir les enfants rêver »

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Il faut être spectaculairement fort ou particulièrement inconscient pour s'estimer capable de faire face à tout ce qui pourra surgir sans prévenir, et savoir l'éviter. Le pire ne s'annonce jamais, il ne toque pas à la porte, il s'invite, et c'est déjà trop tard.

Je suis le fruit d’un malentendu, d’une lettre déchirée trop vite.
Ou plutôt la rencontre de deux malentendus, mon père ne pouvant s’avouer quelle sorte de vie il souhaitait déjà, et ma mère jetant sa dernière chance au panier. Le fruit de deux orgueils blessés, qui se sont réchauffés un moment.

Mais comment ? Comment font les gens ? Pourquoi personne n'a encore écrit une vraie « vie : mode d'emploi », ce serait plus qu'utile ! Quelque chose de sérieux, pas un énième « livre-bien-être » d'un pseudo-psy dont on voit l'après-midi les chroniques à la télé, les conseils d'un médecin réputé à la recherche d'un complément de retraite, ou ceux d'un sage, adepte du yoga et de la médita…

Se voir avec lucidité, c’est l’affaire de toute une vie.

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C'est dans l'air
« Alors, comment va l’édition ? demande Samuel.
- L’édition. Ah ah. Très drôle. Je ne fais plus vraiment d’édition aujourd’hui. Pas au sens traditionnel. » Il se penche et sort une carte de visite de son cartable.
Guy Periwinkle : créateur de valeur — sans logo, sans même un numéro de téléphone.
« Je suis dans la fabrication, désormais, dit Periwinkle. Je construis des choses.
- Mais pas des livres.
- Si, des livres. Bien sûr. Mais c’est surtout pour créer de la valeur. Un public. Un intérêt. Le livre, c’est juste l’emballage, le contenant. C’est la conclusion à laquelle je suis arrivé. L’erreur que font les gens qui travaillent dans l’édition c’est de penser que leur travail consiste à concevoir de bons contenants. Quelqu’un qui dit qu’il travaille dans l’édition, c’est comme un vigneron qui te dirait qu’il fabrique des bouteilles. Ce qu’on crée en réalité, c’est de la valeur. Le livre, c’est juste l’une des formes sous lesquelles se présente cette valeur, une éch…

Récap janvier 2018

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Nathan Hill - Les fantômes du Passé (Gallimard, 2017)
En près de 700 pages, Nathan Hill invite son lecteur à parcourir 50 ans d’histoire de la société américaine, du mouvement hippie à Occupy Wall Street. Le coup de génie de Hill, c’est d’avoir préféré le roman au manifeste politique, la vie à la thèse, l'intime à l'Histoire.
Alors que les médias diffusent en boucle les images d’une sexagénaire lançant du gravier sur un gouverneur conservateur probable candidat à la présidentielle jusqu’à en faire une affaire de sécurité nationale, Samuel Anderson, modeste professeur de littérature à l'université, découvre que la femme désignée comme "terroriste"  n’est autre que sa mère qui, une vingtaine d’années auparavant, les avait abandonnés, son père et lui, pour ne plus jamais donner signe de vie.
Pour comprendre les motivations qui ont conduit Faye à ce geste de protestation qui risque de lui coûter cher, Samuel va devoir fouiller dans la passé de sa mère et, du même cou…

« Il y a des gestes qui, si on ne les fait pas, existent quand même. »

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Tomber amoureux est la pire des pertes de contrôle, une mise à genoux de la vie qui n’engendre qui mièvrerie et troubles de la concentration.
(p. 17)

Avec le temps, l’amour avec Alex a muté en une profonde affection fraternelle dont la première des conséquences est une exclusion pure et simple du sexe puisqu’on ne couche pas avec son frère. L’absence totale de sexualité, cette forme bizarre de désert blanc où j’évolue sans me plaindre, n’a eu aucune influence sur l’équilibre de notre couple qui, plus il ne baise pas, plus il se fait confiance. […] Je m’accommode parfaitement de cette abstinence conjugale puisqu’elle est compensée par quelques escapades qui ne dérangent rien ni personne.
(pp. 16-17)

[…] une fois tous les deux ou trois mois, je m’offre les services d’un escort qui m’aide à satisfaire mon attirance pour ces hommes dont je ne tiens pas à savoir s’ils aiment se vendre ou s’ils sont contraints de le faire. Je leur demande de me maintenir la tête au-dessus de la surface de l’ea…

Père & fils... mode d'emploi

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Antoine, la soixantaine, rend régulièrement visite à son père vieillissant, lui apporte ses courses, supervise la livraison de ses repas quotidiens et lui fait, à sa demande, la lecture des prospectus publicitaires qu'il a reçus entre deux visites. L’octogénaire, immigré sarde analphabète, revêche et bougon, est sa seule famille. Mais entre les deux hommes les relations, faites de silences pudiques, de non-dits et d’incompréhension mutuelle, n’ont jamais été au beau fixe. L’absence de la mère, morte alors qu’Antoine était enfant, rend leur rapport plus inconfortable encore. Quand son père lui demande un jour de lui apprendre à lire, Antoine s’exécute de mauvaise grâce devant ce qui lui apparaît comme une lubie. Et il a tôt fait de jeter l’éponge tant les leçons dégénèrent systématiquement en bisbilles entre les deux hommes. Il décide alors de confier son père aux soins d’une de ses rencontres d’un soir, futur professeur des écoles qui arrondit ses fins de mois d'étudiant en fais…

« Peut-être que lire, ça fait mourir moins vite. »

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Lire et écrire, comme inspirer et expirer, sont des gestes naturels que personne ne se souvient d’avoir appris.
(p. 35)

Mon père est assez fier de me faire part des progrès qu’il a faits. Il me lit, péniblement, quelques phrases d’un article de journal que Ron lui a photocopié avec une joie qui me prouve que, quoi que l’on apprenne dans la vie, on retombe en enfance quand on l’apprend.

(p. 88)

99 % de la population est alphabétisée, mon père fait partie de cette infime portion de gens qui n’ont jamais été scolarisés. J’ai mis longtemps à le comprendre, mais il vivait ce handicap comme une réelle douleur – secrète, fourbe et lancinante, maudissant en silence son propre père qui lui avait interdit l’entrée à l’école sans mesurer les dégâts que cela causerait chez lui. J’ai sous-estimé la satisfaction qu’il éprouvait d’avoir pu apprendre les rudiments de la lecture et de l’écriture. Qu’était-il allé chercher dans cet improbable apprentissage ? Un peu de dignité, sans doute, lui qui n’aurait …